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LE BLOG

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jeudi 8 décembre 2016

Bruno Leroux et Bruno Leroublard, ministre de l'intérieur

Dans L'OBS et sur le site des députés socialistes, le nouveau ministre de l'intérieur est diplômé de l'ESSEC et HEC. Sur la bio de son blog et du ministère.... Diable ! les bios ont disparu !



mercredi 7 décembre 2016

Les chants du départ


Pourquoi les chants du départ sont-ils les plus beaux ?
Pourquoi les discours de défaite sont-ils les plus remarquables ?
Pourquoi les mots de la fin sont-ils les plus touchants ?
Qu'on veuille bien, en effet, se rappeler quelques récentes allocutions crépusculaires et on ne pourra que reconnaître, au-delà des inimitiés politiques, à quel point la vérité du cœur et l'accablement de l'esprit nourrissent d'un engrais bénéfique des propos qui en général, même intelligents, brillent par le conformisme et la prudence.
Je songe à Nicolas Sarkozy qui nous a comblés puisqu'il nous a offert en 2012 et en 2016 deux belles conclusions, l'une fausse, l'autre probablement vraie.
Je pense à Alain Juppé qui dans la dignité et le chagrin a laissé s'exprimer, pour une fois, le plus profond de soi.
Je songe même à François Hollande qui ne s'arrêtera pas à l'évidence au seul registre dont il a usé quand il nous a annoncé qu'il jetait l'éponge. Mais, si on veut bien éliminer le terreau partisan, de surestimation de son bilan, il m'a semblé que ses sentiments intimes de regret, de mélancolie, de déception élégamment maîtrisée étaient parvenus à instiller dans l'exercice une densité et une sincérité auxquelles le président ne nous avait guère habitués.
Je n'oublie pas le dernier discours de François Mitterrand et son invocation des "forces de l'esprit".
La raison de ces réussites éclatantes quand l'enjeu n'est plus de convaincre mais de s'effacer avec allure est l'irruption, dans des tempéraments que la tactique a trop gangrenés, de l'émotion, de l'être dans sa nudité de souffrance et d'espérance trahie, la manifestation, dans la crudité d'une réalité qu'il est impossible de dissimuler, d'un homme et d'une femme qui découvrent comme le pouvoir, surtout quand il vous fuit, n'est pas un bouclier pour tout.
Il y a dans ces instants de déconfiture, presque de détresse une humanisation qui fait oublier l'arrogance d'avant. Le pouvoir devient supportable puisqu'il émeut et qu'il n'est plus.
J'aime passionnément, sans une once de sadisme, ces authenticités qui se révèlent trop tard, ces natures que, durant quelques minutes, on peut véritablement apprécier parce qu'elles nous ont rejoints, qu'elles sont tout à coup comme nous. La gloire et la réputation ne les séparent plus, on ne les envie plus, la défaite suscite une fraternité qui n'est pas artificielle. On a le coeur solidaire et on s'étonne soudain d'être si magnanime!
Si la politique n'était faite que de chants du départ, quel monde miraculeux ce serait !
Avant, il faut seulement les attendre et parfois c'est un peu long !

L'homme politique est-il nécessairement menteur ?





Par Laurent SAILLY

Affirmer ce qu’on sait être faux, nier ou taire ce qu’on devrait dire, exagérer ou minorer une situation, cacher des informations constituent des mensonges. Et ceux qui s’y livrent sont des menteurs.

Dès lors, tout le monde ment tout le temps. Les chefs d'entreprise, les syndicalistes, les écrivains, les journalistes, les blogueurs quelquefois aussi d'ailleurs. Tout le monde ment. La seule différence, c'est que les hommes politiques sont sous les projecteurs, donc ça se voit plus. Cela étant, il est incontestable que ce sont plutôt des menteurs éhontés et récidivistes qui parviennent à être élus aux plus hautes responsabilités. Ce qui est important pour les électeurs, c'est donc d'apprendre à détecter les mensonges en politique, pour ne pas se faire arnaquer.


Alors pourquoi la grande masse des électeurs, qui ne croient plus au discours politique, se méfient des promesses et accusent les élus de mensonges, continuent de voter, de plus, pour le même camp qui vient pourtant une nouvelle fois de les décevoir ?


Mentir par idéologie. Le responsable politique s’inscrit dans une idéologie. L’emprise de l’idéologie écarte l’action politique de la réalité et de la responsabilité. La plupart des aprioris idéologiques ne tiennent pas devant le principe de réalité.

Cependant, les promesses irréalisables entretiennent le sentiment profond d'être membres d'une communauté politique identique. L'émetteur et le récepteur de ces messages et de ces signes savent bien que ces promesses sont irréalisables et que ce sont des balivernes. Supprimer la pauvreté ou l'insécurité sont deux promesses intenables mais qui permettent de dire à ceux à qui elles sont destinées, dans leur langage (de droite, de gauche ou du centre) que l'on partage valeurs et vision politique analogues.

D’ailleurs, ceux qui, par fidélité à leurs principes les plus sacrés, disent ce qu’ils pensent, sont traités en parias par leur propre parti.

Il est dès lors tout aussi important de condamner les menteurs que de fustiger ceux qui veulent bien les croire alors qu'ils savent qu'ils mentent.

Mentir par médiocrité. La politique, paradoxalement, se contente d'un gouvernement médiocre mais pas de promesses et de joutes oratoires médiocres. Il faut être flamboyant et enflammer un auditoire qui le demande même et surtout en racontant n'importe quoi. Car les responsables politiques aujourd’hui n’ont pas la compétence pour comprendre et gérer la complexité des dossiers qui s’imposent dans le monde moderne. La plupart du temps, l’homme politique fait semblant de connaître les dossiers. Il se croit obligé de donner un avis sur tout et n’importe quoi. Très souvent une promesse qu’il ne tiendra évidemment pas.

Mentir par profession. Si les politiciens ont recours au mensonge, c’est parce qu’ils sont convaincus de sa rentabilité. Cette rentabilité n’a-t-elle pas été maintes fois démontrée ? Les politiciens qui sont les plus habiles menteurs sont ceux qui durent le plus longtemps et qui obtiennent le plus de succès. Car pour exercer et garder son job, le responsable politique doit être à l’écoute de ses clients, de ses électeurs. Il fera tout pour être élu et réélu. D’où le programme et les promesses généreuses. Et pourquoi le mensonge est-il rentable ? Tout simplement parce que le peuple le récompense, car en fin de compte, c’est toujours le meilleur menteur qui gagne.
Puis il fera tout pour se maintenir au pouvoir. Faute de résultats, il fera des promesses encore et toujours et multipliera les boucs émissaires en cas de non-résultats. Ce qui fait qu’un homme politique au pouvoir passe plus de temps à trouver des excuses ou des raisons de ne pas avoir fait ce qu’il devait faire plutôt que de le faire vraiment.
« A quoi bon sortir telle ou telle réforme si c’est pour se mettre à dos la moitié de la France et être battus aux prochaines élections. A quoi bon ? » La plupart des réformes de fond sont donc repoussées de législature en législature. Keynes disait très cyniquement, « ne nous occupons que du court terme, à long terme on sera mort ! »

Mentir par tempérament, par méthode, ou par raison. Simplement, il ne faut pas tout confondre parce qu'il y a plusieurs types de mensonges politiques. Il y a le mensonge d'Etat, comme il y a les hommes d'État. Il y a le mensonge politique et il y a le mensonge personnel.
Mensonge d'État, pour prendre l'exemple le plus classique, dans les périodes de guerre.
Emmanuel Kant pose la question de savoir si on a le droit de mentir dans certaines circonstances (doit-on dire la vérité à un malade ou dire un mensonge "de finesse" pour éviter un mal ?). Pour le philosophe, il faut obéir à l'impératif catégorique qui prescrit une action comme nécessaire en elle-même, et non à l'impératif hypothétique qui subordonne l'action à une fin extérieure (l'intérêt, la diplomatie, la prudence) et donc proscrire le mensonge en toutes circonstances. Il y a ensuite les mensonges politiques hyper classiques. Là, on est servi parce qu'on a eu deux grands spécialistes à la tête de l'État, qui était François Mitterrand et Jacques Chirac.
Et puis, il y a les mensonges qui sont des mensonges personnels, sur la santé, sur la fortune, sur les vacances, sur certains hommes politiques qui se font une spécialité des vertus familiales et qui, quelquefois, mènent une vie de bâton de chaise en même temps.
Pour autant, il n'y a pas de petits mensonges. A partir du moment où un politique cache la vérité, il commet une faute. Dans la vie courante, promettre quelque chose que l'on sait ne pas ne pas pouvoir ou ne pas vouloir tenir, s'appelle un mensonge et le mensonge n'est pas considéré comme une "vertu".

Conclusion. Les Français, comme d'autres peuples démocratiques, ont développé au fil du temps un certain cynisme acceptant cette politique du mensonge et de la considérer comme normale.
La question du mensonge est liée au langage, comme celle de la vérité. "Le langage a été donné à l'homme pour dissimuler sa pensée (on pourrait ajouter "pour mentir") disait, non sans cynisme un homme célèbre pour sa longévité politique : Talleyrand.
Or la démocratie, « fondé sur la libre détermination des grands choix par la majorité, se condamne lui-même à mort si les citoyens qui effectuent ces choix, se prononcent presque tous dans l’ignorance des réalités » (in « La connaissance inutile » Jean-François Revel). Nietzsche a souligné la relation essentielle entre la morale et la mémoire. La survie de la société repose sur la capacité des hommes (au moins d'une majorité d'entre eux) à tenir leurs engagements. Par contre Machiavel pense que "la fin justifie les moyens", que l'unité et la stabilité de l’État sont des valeurs absolues. A la question "le mensonge est-il une vertu en politique ?", il répondrait donc : oui. Le réalisme politique de Machiavel s'appuie sur une vision pessimiste de l'homme : les hommes sont méchants, inconstants et déraisonnables. Le but de la politique, nous apprend Platon, n'est pas la simple conservation de la cité, mais de permettre aux hommes qui la composent de mener la vie la meilleure possible.
Y a-t-il un mince espoir pour que la situation change ? Seul le peuple a le pouvoir d’effectuer ce changement, en récompensant la vérité et en punissant sévèrement le mensonge. Le mensonge ronge la politique comme un cancer ronge le corps d’un malade. Il constitue un abus de confiance et il doit être condamnable, quelle qu’en soit la forme.

mardi 6 décembre 2016

Cazeneuve est à l’image de la politique de Hollande : inconstant.

ARTICLE PUBLIE DANS
AGORAVOX
LE MARDI 6 DECEMBRE 2016


par Laurent SAILLY

On est « ‘ach’ment balaise… en politique française… »


Bernard Cazeneuve est donc le troisième (et dernier ?) premier ministre de François Hollande. Comme quoi, tout peut arriver.



Bernard Cazeneuve est à l’image de la politique générale de François Hollande : tout entreprendre et ne rien terminer. Les difficultés sont survolées, jamais affrontés. En cinq ans, il aura été ministre des affaires européennes 10 mois, ministre du budget 12 mois, ministre de l’intérieur (32 mois) et premier ministre au maximum 5 mois. Le temps de faire quoi ?



Comme ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve présente un bilan nettement négatif :



Ø  La lutte contre le terrorisme : Bernard Cazeneuve n’aura pas su terroriser les terroristes. Nommé en avril 2014, il ne voit pas monter la menace terroriste. Les années 2015 et 2016 ont été ponctuées d'attaques terroristes sur le territoire français. Certaines ont été déjouées, mais huit d'entre elles ont fait des victimes. 234 personnes ont trouvé la mort. Pourtant la menace pèse sur la France depuis 2012. A aucune moment le ministre de l’intérieur n’estimera devoir présenter sa démission.

Ø  Sa gestion de la crise migratoire n’aura pas été à la hauteur et ressemble plus à une opération de communication qu’à une entreprise mûrement réfléchie. Le démantèlement récent de la jungle de Calais, après des mois de tergiversations, n’aura abouti qu’à la dispersion sur le territoire national des migrants.

Ø  L’absence d’instructions donnés aux forces de l’ordre lors des débordements des manifestations des « nuits-debout » ou des zadistes à Sivens ou à Notre-Dame-des-Landes a livré le pays à des guérillas urbaines menés par des casseurs ou des anarchistes.

Ø  L'attaque au cocktail Molotov, le 8 octobre dernier, de quatre policiers en simple mission de surveillance à Viry-Châtillon (Essonne), met le feu aux poudres. Des manifestations hors de tout cadre syndical éclatent un peu partout en France. La grogne des policiers intervient après plusieurs faits similaires. Bernard Cazeneuve aura été le ministre de l’intérieur qui aura le moins su protéger ses hommes, victimes, selon lui, de « simples sauvageons » !

Ø  Et doit-on parler de la lutte contre le petit banditisme et les trafiquants de drogues qui tuent et s’entretuent à Marseille ou qui font la loi dans les banlieues .



L’indécision du ministre de l’intérieur aura gangrénée la vie politique française en ne sachant pas éviter l’improductif débat sur la déchéance  de la nationalité, en ne permettant pas la sortie de l’état d’urgence.



Premier ministre en charge d’expédier les affaires courantes d’un président de la République qui a, depuis longtemps, jeté les gants, Bernard Cazeneuve ressemble avant tout au liquidateur d’un quinquennat catastrophique.

lundi 5 décembre 2016

Hollande, Cambadélis et Royal à Cuba : le naufrage du Parti socialiste

http://blognadel.over-blog.com/


Paru dans FIGAROVOX - lefigaro.fr
Rarement à court d'un argument baroque, Jean-Christophe Cambadélis nous a livré ce dimanche sur RTL son explication définitive sur l'impopularité de François Hollande.

Le premier secrétaire du Parti Socialiste, va chercher loin derrière les causes de la déconvenue. Il se fait historien. Il rappelle que Martine Aubry qualifiait le programme de François Hollande de «flou».
«
Elle avait raison et je n'ai pas compris que les gens qui étaient en accord avec elle (Arnaud Montebourg ndlr) ne l'aient pas soutenue au deuxième tour. Et à partir de là s'est composé un gouvernement où il y avait deux lignes, d'où les couacs, les cacophonies

Vous avez bien lu: M. Cambadélis remet ainsi en cause toute la stratégie développée par le président de la république au cours de son quinquennat. Peut-être, aurait-il été bien inspiré de nous faire part de ses vues avant une déconvenue publique qu'il est autorisé de trouver tristement pitoyable, même lorsqu'on a le coeur à droite.

Et si on allait chercher des ingrédients moins indigestes dans le pot de déconfiture?
Tous ne sont pas à placer uniquement au débit du président décevant, mais aussi à un système médiatique ultra-critique et systématiquement négativiste envers les politiques. A fortiori, lorsqu'ils ne font pas le poids requis.

L'homme Hollande est ce qu'il est. Intelligent mais avant tout madré. Sympathique plutôt que gentil. Un physique trop normal, encore que quelquefois, révérence gardée, un peu ahuri sur la photographie.
Un caractère aussi à l'indécision trop anormale.

Les artistes pétitionnaires du JDD, contempteurs de ce qu'on a appelé le «Hollande bashing», l'avaient oublié, mais ce qui n'était pas qu'un phénomène imaginaire, avait succédé à un «Sarkozy bashing» peut-être encore plus extravagant dans lequel l'ancien chef d'État était accusé régulièrement de tenir entre ses mains la presse et d'être une manière de fasciste.
Le monde médiatique serait bien inspiré de penser avec humilité que la perte de crédibilité dont il souffre dans le public puise partie de ses ses raisons dans l'exaspération qu'il suscite devant son sentiment de supériorité morale à l'égard des autres acteurs de la société, en ce compris les politiciens.


À cet égard, il était quelque peu piquant de voir les deux journalistes auteurs d'un livre au titre assassin venir plaindre un peu tard l'homme un peu trop bavard. Lorsqu'on lit l'ouvrage qui porta l'estocade, le plus pathétique est d'y apprendre que le confident incontinent escomptait beaucoup de celui-ci.

Étrange époque transparente donc impudique, où les oreilles ont remplacé les murs, et où il n'existe plus de secret, ni d'alcôve, ni d'État.

Quoi qu'il en soit, et pour reprendre au passage la combien tardive critique Cambadélis sur le programme Hollande, il apparaissait clairement à ceux qui avaient des yeux que le candidat «normal» n'avait ni la taille de l'emploi ni les moyens de ses promesses.

Et pourtant il fut élu. Sans insulter le scrutin démocratique, il faut bien constater que souvent le citoyen électeur à une conduite sadomasochiste. Il adore chasser du lit royal le souverain qui l'occupe pour y mettre à sa place un nouvel amant plein de promesses auxquelles il feint de croire, pour avoir l'étrange plaisir quelques moments plus tard de se dire cornard.
En conséquence, et pour être en la circonstance, ni populiste, ni démagogue, la faute première d'avoir élu le premier des Français incombe à ces derniers.
Ayant donc plaidé quelque peu à décharge mais sans conviction, vient le réquisitoire sans excès de passion.

Laissons de côté un bilan économique et social assez calamiteux.
Le fiscalisme idéologique aura définitivement terrassé la compétitivité des entreprises avec ses conséquences sur l'emploi. Toutes les tentatives ultérieures d'y remédier en jouant petit bras auront été autant de cautères sur une jambe de bois.
Mais c'est évidemment l'affaire Léonarda qui aura définitivement cloué justement le tergiversant sur la croix.

Jamais autant que ce jour là, les Français n'avaient pu constater avec autant d'effroi, à la fois l'arrogance d'une certaine immigration illégale et forcée à l'égard de la France, et à la fois la faiblesse insigne et obséquieuse du représentant suprême de la gauche morale à l'égard de celle-ci.

Les Français avaient bien compris que c'était moins par charité mal ordonnée que par soumission à une idéologie que j'oserais nommer «altérophile», bien en cour à gauche, que le président s'était couché devant une jeune fille ingrate.

Le fait que dans ses confidences du soir à ses deux visiteurs, il ait décrit l'immigration massive comme invasive et insupportable et l'islam comme inquiétant constitue a posteriori une circonstance aggravante.

Un président ne devrait pas faire ça lorsqu'il dit tout bas comme le gros de son peuple.
M. Cambadélis devrait bien se faire à la réalité: qu'il n'aille pas chercher l'explication trop loin. Les gens de ce pays ne supporte plus sa gauche. Moins pour des raisons économiques il est vrai, que pour des raisons sociétales et culturelles.

La réaction dont le président définitivement sortant est la victime est profonde dans ses causes et épidermique et urticante dans ses effets.
Et ce n'est pas l'extravagant discours de Mme Royal, rendant un hommage appuyé au régime castriste qui mettra du baume sur la plaie irritée.

La semaine dernière, dans ces mêmes colonnes, je faisais un sort aux sorties du secrétaire général du PCF, de Mme Clémentine Autain, féministe radicale mais adoratrice des barbus de tous poils, et de Jean-Luc Mélenchon, conservateur officiel du souvenir de Maximilien Robespierre.

Que les marxistes invétérés célèbrent un dictateur du prolétariat fantasmé est une chose, que la numéro trois du gouvernement les imite idéologiquement servilement, en dit long sur l'état intellectuel et mental de la gauche morale.
En bonne antifasciste, elle aurait évidemment poussé le cri Hitler! si les autrichiens avaient choisi Hofer.

Voilà ce qui désormais irrite les Français.

François Hollande aura désormais tout le loisir d'expliquer cela à M. Cambadélis et à son ancienne compagne. A voix basse.

La liberté d'expression doit-elle être miséricordieuse ?

http://www.philippebilger.com/blog/
Je dois ce bon titre à Gourdans, un excellent et courtois Twittos. Il me pardonnera de le reprendre sans son autorisation.
L'avortement, qui est validé sur le plan législatif, demeurera pourtant toujours discuté sur le plan philosophique et social. Parce qu'il y a des phénomènes, qu'on les qualifie de libération ou non, dont l'autorisation ne fait pas cesser le questionnement, les doutes et les scrupules.
Il y a eu le débat entre François Fillon et Alain Juppé sur le droit à l'avortement et il m'a semblé que le second faisait semblant de ne pas comprendre la position du premier.
Que disait François Fillon au sujet de l'avortement ? Qu'il y était philosophiquement hostile mais qu'il ne contestait pas le droit à l'avortement et qu'il ne modifierait en rien la législation et les règles le concernant. On pouvait difficilement être plus clair.
Mais cette dispute montre à quel point cette avancée pour beaucoup de femmes et cette sauvegarde pour les avortements avec deux motifs médicaux possibles continuent sinon d'être niées, du moins de susciter des controverses comme s'il fallait ici ou là, pour certains, autre chose qu'une adhésion purement positive et factuelle.
Comme s'il convenait de faire preuve d'enthousiasme civique à l'égard de ce qui à l'évidence est un traumatisme, qu'il résulte de sa liberté ou d'une terrible contrainte médicale.
La joute parlementaire qui a conduit à l'extension du délit d'entrave - créé en 1993, élargi en 2001 et 2014 - au numérique en ciblant les sites Internet qui feraient de la désinformation est passionnante parce qu'elle a confronté une ministre de qualité, Laurence Rossignol, à des députés de l'opposition qu'on aurait tort de caricaturer en conservateurs et en passéistes.
On peut considérer que leur combat, appuyé par un communiqué des évêques, n'est certes pas étranger à une approche de l'avortement plus négative intellectuellement et socialement que politiquement positive mais il reste que leurs inquiétudes sur la liberté d'expression sont réelles et méritent d'être prises au sérieux.
D'abord était-il fondamental en cette période de s'engager dans un tel processus ? D'autres sites n'auraient-ils pas dû plutôt mobiliser le gouvernement puisque, si j'en crois Jean-Frédéric Poisson, sa proposition de fermer des sites à tonalité djihadiste avait été immédiatement récusée ? Etait-il urgent d'ouvrir ce front qui ne faisait de mal à personne ?
A entendre Laurence Rossignol et la ministre de la Santé Marisol Touraine, les sites visés, cependant, avaient le tort de "culpabiliser les femmes". Sans tomber dans un cynisme inapproprié, j'ai envie de répliquer: et alors ?
La liberté d'expression doit-elle être forcément miséricordieuse et a-t-elle pour vocation de complaire aux femmes qui hésitent face à l'avortement en les rendant folles de joie à cette idée ? Je détesterais que ce principe démocratique voie sa légitimité discutée parce qu'il pourrait offenser, demain, les hommes et, aujourd'hui, les femmes.
Le climat culturel peut déplaire à Marisol Touraine, comme elle l'a déclaré, mais la liberté n'est pas vouée à instiller dans la société, par la parole ou par l'écrit ou par le numérique, de quoi rassurer un pouvoir ni à valider forcément ses options. On a encore le droit à une morosité susceptible de rabattre les exaltations fondées de surcroît sur des déchirements consentis ou obligatoires.
Quand Laurence Rossignol énonce que "chacun est libre et le reste d'affirmer son hostilité sur internet ou ailleurs à condition de le faire en toute honnêteté car la liberté d'expression ne peut se confondre avec la manipulation des esprits", dans le même mouvement la ministre affirme la pureté d'un principe et la répudie par des exceptions qui dénaturent, voire détruisent la règle.
C'est l'ambiguïté de sa démarche qui postule également que la liberté d'expression ne donne pas "droit au mensonge". Je soutiens que si on est un fervent partisan de cette richesse républicaine, il faut accepter que celle-ci ait une rançon, des scories et qu'évidemment, dans tous les registres de la vie politique, sociale et culturelle, le mensonge, l'erreur, l'approximation, l'outrance viennent se glisser au sein de la justesse, de la vérité et du bon sens. Si on interdit le mensonge avant, on altère la liberté. C'est après qu'il convient de le sanctionner s'il y a lieu.
Si des absurdités sont proférées par ceux qui profitent de la liberté numérique pour induire en erreur, le risque est considérable, par cette prévention radicale qu'opèrerait la loi, de porter plus atteinte à la démocratie et à son inévitable cortège de bienfaits et de malfaisances que de protéger une minorité de victimes virtuelles douées de lucidité et d'esprit critique pour échapper sans peine à la désinformation.
On perçoit à quel point, pour solidifier le socle de l'avortement, on est prêt à battre en brèche des principes qui dépassent et de très loin cet enjeu respectable mais limité.
Ce droit, aussi discutable qu'il soit, d'oser convaincre des femmes qu'il y a une autre alternative que l'avortement me semble encore plus précieux depuis qu'a été supprimé le délai de huit jours entre la demande et la confirmation écrite.
Derrière le débat de l'Assemblée nationale qui a voté la proposition de loi - malheureusement des centristes jamais en retard d'une faiblesse ou d'une démagogie ont rejoint les députés de gauche -, on devine qu'il s'agit d'autre chose que de l'avortement et de la liberté d'expression.
Mais d'une interdiction plus profonde, plus diffuse, plus inquiétante.
Il ne faut plus permettre aux angoissés de la nature et de l'humain d'échapper à la béatitude décrétée des épreuves et des souffrances et à l'optimisme obligatoire. Il n'est plus tolérable, bien au-delà de la vie ou non du fœtus, de ne pas sourire aux effets équivoques d'un implacable humanisme.
Le 7 décembre, le Sénat se prononcera, en procédure accélérée, en vue d'un vote définitif du Parlement à la fin du mois de février 2017.
Qui osera soutenir le caractère prioritaire de tout cela ?

(Ce texte sensiblement amendé a déjà été publié dans le Figaro Vox)

SELECTION MECHANT REAC !