Aujourd'hui quelle est la vision laïque de la République française ? Dieu seul le sait !

Ce qui est certain, c'est que le début de notre siècle est religieux (la prédiction de Malraux est en train de se réaliser...).
La loi de séparation de l'Etat et de l'Eglise au début du 20ème siècle avait pour but de libérer la fille ainée de l'église de la pression religieuse. Plus de cent ans après, les relations sont normalisées. Mais la laïcité est remise en question par la pratique de la religion musulmane qui prend de plus en plus d'importance dans notre pays. Le réactions négatives qu'elle suscite de la part des autres communautés religieuses ou de certains partis politiques (ou de leurs membres) et les risques d'implosion de la société française doivent nous pousser à repenser la laïcité à la française. Interrogation d'autant plus pressante que les musulmans vivent toute mesure laïque comme une tentative de mise à mal de leur croyance. Ce sentiment, dans d'autres proportions, est vécu par tous les croyants qui ne trouvent pas leur place dans cette société qui veut nier, depuis 2012, le fait religieux. La solution ne viendra pas de l'extérieur mais de notre Histoire nationale.
A la laïcité née de 1905, je préfère celle de Bonaparte («Une société sans religion est un vaisseau sans boussole.») et de ses prédécesseurs (au moins jusqu'à Philippe le Bel sauf les fils de Catherine de Médicis et Louis XIV) jusqu'à Emile Combes. Cette laïcité respecte trois règles: contrôler la religion, protéger la religion, "franciser" la religion.
 
Contrôler la religion fait appel à une vision principalement sécuritaire. On pense immédiatement à l'islam radical (qui n'a rien à voir avec la religion musulmane). Il est du rôle de l'Etat de combattre dans nos banlieues cette islam totalitaire qui d'une part ne respecte pas les lois de la République mais appelle à la désobéissance et à l'application de la loi islamique et, d'autre part constitue un foyer de recrutement au terrorisme (et aux trafics de tout ordre pour son financement). Le rattachement du "Bureau des cultes" au ministère de l'Intérieur, répond à cette attente surtout depuis Nicolas Sarkozy, comme ministre de l'Intérieur d'abord, président de la République ensuite. Mais si l'islam est particulièrement concerné, la politique suivie est plus globale. Et "l'Eglise de France", souvent juger "trop remuante" par la papauté, a pu craindre, suite au discours de Latran de Nicolas Sarkozy, une certaine "reprise en main". Dans cette optique sécuritaire, Nicolas Sarkozy prenait le contre-pied des tenants de la séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1905 menés par Aristide Briand.
Protéger la religion c'est aussi différencier la laïcité d'une part, la liberté religieuse de l'autre. Dans cette vision, la liberté religieuse n'est plus soumise à la laïcité en extirpant la première de la liberté de conscience qui, elle, est partie intégrante de la seconde. Le code établi en 2011, par le ministère de l'Intérieur,  s'intitule d'ailleurs "Laïcité et liberté religieuse" (octobre 2011, La Documentation française). Ainsi le terme "laïcité" n'est plus un synonyme de contrôle de la religion, ou du moins de certaines de ses manifestations dans la vie publique. 
Franciser la religion catholique fut le fait de la Constitution civile du clergé de 1790. Ce "catholicisme éclairé" français prenait comme modèle le catholicisme gallican dont on ventait l'indépendance vis-à-vis de Rome. Sous l'influence de Jaurès, la loi de 1905 rompt avec la logique révolutionnaire et confirme, dans son article 4, "l'enterrement républicain de tout gallicanisme" (E. Poulat, Scruter la loi de 1905, Fayard, 2010, p. 259). Aussi, il faut renouer avec cette tradition gallicane en faisant d'une part du catholicisme une ressource identitaire de la France (ses "racines"), et d'autre part, exiger un "islam de France", républicanisé, au lieu de seulement le soumettre au droit commun.
La vision laïque du gouvernement français est-elle toujours celle de notre ancien ministre de l'éducation Vincent Peillon ? Celui-ci avait défini, dans un entretien au JDD en septembre 2013, l'objectif de la morale laïque comme devant "arracher l'élève à tous les déterministes, familial, ethnique, social, intellectuel". Bref, il faut nier l'éducation des parents, faire un lavage de cerveau aux élèves et, les reformater. La laïcité ce n'est pas la promotion de l'athéisme et le refus des religions. A elle seule, la laïcité ne peut couper la France de ses racines chrétiennes (discours de Latran, Nicolas Sarkozy). Les prénoms de votre serviteur font état de ses racines chrétiennes: Laurent (un martyr), Paul (un apôtre), Jean (un évangéliste). L'éducation religieuse que j'ai reçu ne m'a pourtant pas empêché de sortir de mon "déterminisme", me revendiquant aujourd'hui d'une certaine forme d'agnosticisme. J'en reparlerai un jour.

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