jeudi 1 juin 2017

Bloc-notes : ce que dit le théâtre muet de la Macronie

Ivan RIOUFOL

Les médias sont unanimes : Emmanuel Macron est sorti vainqueur de sa poignée de main avec Donald Trump. La scène, filmée jeudi dernier à Bruxelles lors du sommet de l’OTAN, est passée en boucle sur les télévisions, avec arrêts sur image et gros plans sur les doigts du président américain : ils lâchent prise mais restent enserrés encore une seconde. Interrogé sur cette insignifiance par le JDD, le président français a déclaré : "Ma poignée de main avec lui ce n’est pas innocent, ce n’est pas l’alpha et l’oméga d’une politique, mais un moment de vérité (...) Il faut montrer qu’on ne fera pas de petites concessions, même symboliques". Dans cet univers artificiel, fait de signes prémédités, Macron confirme ses dons d’acteur et de communicant. "Un sans-faute", ont dit les choeurs. Reste que ce recours au théâtre muet, intrusion du mime Marceau en politique, infantilise un peu plus la chose publique. Macron n’a évidemment pas vaincu Trump ce jour-là. Mais le président a décidé d’écrire son épopée.
Le pire est que ce narcissisme fait mouche. La presse est majoritairement conquise par le personnage. Est-elle encore un contre-pouvoir? Pour l’instant, elle est tout contre. "Nous n’avons jamais eu ce climat de béatitude", grinçait, lundi, Bernard Cazeneuve, l’ancien premier ministre. Mais les limites de l’euphorie sont visibles. L’envoûtement que Macron croyait avoir eu sur l’Américain n’empêchera pas Trump de garder sa liberté sur l’accord sur le climat. Il aura également incité l’Otan à se concentrer sur la lutte contre l’immigration et le terrorisme djihadiste, ces sujets délaissés par l’Union européenne, obnubilée par le danger russe. L’invitation de Vladimir Poutine au château de Versailles, lundi, a été plus heureuse dans le symbole d’un dialogue rétabli avec la Russie. Le choix de tenir une conférence de presse commune dans la galerie des Batailles, qui abrite les tableaux évoquant la France héroïque, a un peu verbalisé la rencontre, glaciale selon des témoins.
L’approche des législatives (1er tour le 11 juin) sert de prétexte à la Macronie pour s’entourer d’un épais brouillard. (La suite ici)

N'oublions pas.