Sarkozy par Sarkozy : les meilleures pages dans LE FIGARO

«Encore aujourd'hui, je me demande comment j'ai pu commettre un tel impair»

• «Casse-toi, pauvre c…»: «Une bêtise que je regrette»

«Lorsque l'on veut devenir président, on se doit de considérer, de respecter et de s'intéresser à chacun. J'ai moi-même eu grand tort, lors d'une visite au Salon de l'agriculture, de céder à la provocation en répondant à l'individu qui m'avait insulté: “Casse-toi, pauvre c.”. Ce fut une erreur, car il avait le droit de penser ce qu'il disait, même s'il n'avait pas à me le dire ainsi. Mais, en lui répondant, je me suis mis à son niveau. Ce fut une bêtise que je regrette encore aujourd'hui. En agissant ainsi, j'ai abaissé la fonction présidentielle. Pour être humaine, ma réaction n'en était pas moins inappropriée: j'ai appris à mes dépens qu'avoir du caractère n'autorise pas tout.»

• Le yacht de Bolloré: «Une erreur de jugement incontestable»

«J'ai pensé, à tort, que cinq jours sur le bateau d'un vieil et fidèle ami seraient utiles au sauvetage de ma famille. Bien mal m'en a pris puisque ce fut un cauchemar personnel autant que médiatique. Vincent Bolloré n'avait aucun contrat avec l'État. Nous nous connaissons depuis trente ans, j'ai beaucoup d'affection pour lui, et il ne me doit en rien sa très brillante réussite industrielle. Mais le symbole se révéla caricatural. Une aubaine pour mes adversaires: “Sarkozy sur le bateau d'un riche industriel.” Pour une première expérience personnelle de croisière, on ne pouvait imaginer pire. J'aurais dû anticiper, me méfier, faire passer mon nouveau statut présidentiel avant toutes choses. Encore aujourd'hui, je me demande comment j'ai pu commettre un tel impair.»

• 35 heures, ISF: «J'aurais dû aller au bout»

«Au fond, les mesures fiscales votées au début de mon quinquennat auraient dû être différentes dans leur dosage. (…) J'aurais également dû aller au bout de deux sujets, plutôt que de les contourner: les 35 heures et l'ISF. En choisissant la voie de l'exonération des heures supplémentaires et du bouclier fiscal, j'ai opté pour des solutions qui m'apparaissent plus acceptables. C'était une erreur. Le coût politique fut le même, mais j'ai donné le sentiment de ne pas avoir tranché. En dépit de ses vertus, l'exonération des heures supplémentaires, qui a permis à près de 9 millions de salariés de recevoir l'équivalent de 500 euros de pouvoir d'achat supplémentaire par an, ne modifiait pas suffisamment les 35 heures. Vu de l'étranger, la France restait un pays qui travaillait moins, et la complexité des 35 heures pour les chefs d'entreprise demeurait. Le bouclier fiscal, pour habile qu'il fût d'un point de vue technique, m'a exposé à un coût politique, sans faire suffisamment rentrer les personnes parties vivre à l'étranger pour des raisons fiscales, qui ont continué de craindre, à juste titre, sa remise en cause.»

• Sécurité, immigration: «J'aurais dû en faire davantage»

«Au lieu d'accélérer la mise en œuvre des justes mesures du discours de Grenoble, j'ai sans doute commencé à biaiser, à trouver des compromis, d'une certaine façon à reculer. Alors qu'il aurait fallu que j'aille plus loin. J'ai commis l'erreur de ralentir. Le monde politico-médiatique s'étouffait de me voir agir trop vite et trop fort. Mon premier ministre, nombre de ministres et d'amis sincères m'expliquaient chaque jour que les Français, en ces temps de crise, avaient besoin d'un président apaisant et rassurant, bref, que j'étais trop combatif, qu'on n'arrivait plus à me suivre… Le peuple français, à l'inverse, attendait que sur ces questions essentielles je passe des paroles qu'ils approuvaient aux actes qu'ils espéraient. J'ai beaucoup réfléchi sur cette période et j'ai surtout retenu une leçon que me servira pour l'avenir. Le temps où l'on exerce les responsabilités du pouvoir passe si vite qu'on regrette rarement ce que l'on y a fait, et qu'en revanche on éprouve de nombreux remords à propos de ce que l'on n'a pas réalisé. Le dicton populaire est juste: “Ce qui est fait n'est plus à faire.” Au pouvoir, c'est la même chose, il faut faire ce que l'on croit juste sans se préoccuper de clapotis quotidien. Le temps garde la mémoire de l'action et fait disparaître commentaires et critiques. On ne me reprendra pas à faire des compromis de circonstance avec mes convictions. Beaucoup pensent que j'ai perdu en 2012 parce que «j'en avais trop fait» ; moi, je pense, à l'inverse, que j'aurais dû en faire davantage.»

«Les socialistes veulent moins de riches, je souhaite moins de pauvres»

• Immigration: «La question du référendum»

«C'est parce que la pulsion migratoire est dans nos gènes que nous n'avons pas d'autre choix que de la maîtriser pour ne pas être submergés. Ainsi on ne pourra plus imaginer distribuer la moindre allocation sociale à une personne en situation irrégulière et il faudra introduire une durée minimale de résidence pour qu'un étranger en situation régulière bénéficie d'aides sociales. (…) La nouvelle règle devra être formulée simplement: pas de contrat de travail, pas d'entrée sur le territoire national. Restera la question centrale: le ferez-vous? Je suis bien conscient que l'interrogation existe. Et comment ne pas le comprendre. Souvent, trop souvent, la droite républicaine a déçu ses électeurs par sa pusillanimité, sa difficulté à s'extraire de la pensée unique, sa volonté de plaire à ceux à qui elle ne plaira jamais. Je n'ai moi-même pas toujours échappé à cette critique justifiée.

Pour garantir que nous le “ferons”, il faut d'abord que nous ayons conscience que le problème est réel, le regarder en face, en être pénétré. Ensuite que la crise de confiance entre les électeurs et toutes les formes de pouvoir est d'une telle profondeur qu'il ne faudra pas hésiter à innover fortement. Si le débat parlementaire devait s'enliser, si les blocages politico-médiatiques se révélaient trop puissants, si une partie de la nouvelle majorité s'abandonnait aux frilosités du passé, alors se poserait la question du référendum. Qui pourra trouver à redire à la consultation directe du peuple français sur un sujet aussi important qu'une nouvelle politique d'immigration? Ainsi nos électeurs seraient-ils rassurés sur la fermeté de nos intentions, puisque eux-mêmes imposeraient la décision. Je sais que je serai accusé de “populisme”. Pourtant, c'est bien l'inverse dont il s'agit. Quand on sollicite le peuple, il est toujours plus responsable qu'on ne le croit.»

• Fiscalité: «Le choc de confiance»

«La bonne fiscalité sera celle qui permettra à nos entreprises de gagner des parts de marchés, de réaliser des profits et de créer des emplois. Au lieu de nous lancer des noms d'oiseaux autour du sempiternel débat sur le “cadeau aux riches”, il nous faut considérer où se trouve le marché essentiel pour nos entreprises. En l'occurrence, c'est l'Europe, et il faut donc se fixer comme objectif central que notre fiscalité n'excède jamais, dans le pire des cas, la fiscalité moyenne de nos partenaires et concurrents européens. (…) Ainsi du fameux ISF. On peut tout à fait défendre son principe, mais on ne peut le faire en même temps que l'on clame son attachement à l'Europe. Ce sera donc l'ISF sans l'Europe ou bien l'Europe sans l'ISF.
Il n'y a pas d'alternative crédible, il faut donc supprimer l'ISF que ne connaît aucun de nos partenaires majeurs allemand, anglais, espagnol, italien… C'est le seul moyen de conjurer la fuite des capitaux et des familles plus aisées dont notre économie a un impérieux besoin pour développer sa croissance et continuer d'investir dans l'avenir. C'est toujours le même débat, au fond. Les socialistes veulent moins de riches, je souhaite moins de pauvres. Ces deux logiques se révèlent absolument irréconciliables. (…) Enfin, quelle que soit la complexité du contexte budgétaire que nous allons trouver, nous devons envoyer un signal fort à tous ceux qui travaillent pour des salaires modestes, mais également à la classe moyenne. À toutes ces personnes, au fond, qui ont subi quatre années de recul de pouvoir d'achat et de matraquage fiscal sans précédent. Le premier signal devra être sur la fiche de paie, en baissant les charges payées par les salariés pour que leur salaire net augmente. Le second sera sur la feuille d'impôt sur le revenu. Nous devons le baisser immédiatement de 10%. Ce programme de baisse d'impôt massif devra, pour être crédible, être engagé dès 2017. Le choc de confiance ne pourra pas attendre.»

• Temps de travail: «Que la liberté devienne la règle»

«Il va donc falloir trancher ce débat une fois pour toutes, l'évolution progressive mise en place en 2007 n'étant plus adaptée à la situation actuelle. La première des évidences, c'est que, en moyenne, nous autres Français ne travaillons pas assez, en tout cas par rapport à ceux qui nous concurrencent. Ce qui a pour conséquence quasi automatique de nuire gravement à notre compétitivité. La situation ne peut plus rester en l'état. Le choix de travailler davantage dans le privé comme dans le public s'impose à nous. Je propose en conséquence que la liberté devienne la règle. Les entreprises qui voudront s'exonérer de cette durée de temps de travail pourront le faire à la suite d'un simple accord adopté par les salariés dans l'entreprise. Celles qui voudront la conserver pourront le faire selon la même procédure (…).
D'une manière générale, l'accord au sein de l'entreprise devra donc être systématiquement privilégié, en précisant tout de même qu'en cas d'absence de représentants syndicaux ou d'impossibilité de conclure un accord avec ces derniers, la parole doit revenir aux salariés par la procédure du référendum interne à l'entreprise. Ainsi, en dernier ressort, ce sont les salariés eux-mêmes qui décideront de la durée du temps de travail dans leur entreprise. Je ne poserai qu'une seule limite: que l'on travaille 35, 36, 37 ou 38 heures, cela devra toujours être payé 35, 36, 37 ou 38 heures. Je n'ai pas changé d'avis. On peut choisir de travailler plus, mais pour gagner plus, pas moins. Il peut bien sûr y avoir des exceptions à cette règle, mais elles ne peuvent trouver de justifications que dans les graves difficultés de l'entreprise concernée. L'effort demandé sur les salaires doit alors n'être que ponctuel.» 

«Avoir raison avant l'heure n'est pas nécessairement avoir tort...»

• Le mariage avec Carla: «La solution la plus digne»

«J'ai si longtemps souffert, en tout cas enfant, de ne pas avoir la famille dont je rêvais que je suis prêt à tout pour protéger la mienne de façon presque obsessionnelle. C'est pour cela que j'ai voulu épouser Carla si rapidement en 2008. (…) Je n'ai pas aimé que l'on fît de Valérie Trierweiler le bouc émissaire idéal, car placée dans cette situation bancale dont elle n'était pas responsable, elle ne pouvait pas se défendre. Je sais que, à l'époque, nombreux furent ceux qui ne comprirent pas et même jugèrent déplacé mon “empressement matrimonial”. Et pourtant c'était bien la façon la plus digne et la plus simple d'éviter à Carla un statut injurieux, en tout cas à mes yeux, de “maîtresse officielle”. On m'a moqué pour avoir dit: “Avec Carla, c'est du sérieux.” C'est pourtant ce qui nous a permis d'éviter les photographies volées, les sous-entendus graveleux, le machisme habituel en ce genre de situation.»

• L'ouverture: «Si c'était à refaire, je referais ce choix»

«C'est pour moi une conviction inébranlable: on ne peut pas gouverner un pays avec ses amis. (…) J'ai toujours établi un lien entre la présence de ces personnalités d'ouverture dans notre équipe et le fait que, durant les cinq années de ma présidence, nous n'avons connu aucun épisode de grande violence. (…) Je crois profondément que cette diversité a permis d'apaiser les tensions. Je sais bien que, électoralement, je n'ai rien gagné à agir ainsi. Bien au contraire, puisque mes amis m'en ont voulu, et comment ne pas les comprendre, de voir “récompenser” des gens qui n'avaient en rien participé à la conquête du pouvoir. Patrick Devedjian avait drôlement dit: “L'ouverture doit aller très loin… jusqu'aux sarkozystes.” C'est dire combien ces derniers n'ont pas compris mon attitude. Et pourtant, si c'était à refaire, je referais le choix du rassemblement, car je crois sincèrement qu'il y va de l'intérêt de la France que le président ne se laisse enfermer ni par son parti ni par ses amis. En revanche, j'ai certainement commis des erreurs, non sur le principe de l'ouverture mais dans le choix des personnes qui allaient l'illustrer. Je reconnais bien volontiers m'être trompé sur ce point.»

• Schengen, nationalité, identité: «J'ai eu raison avant l'heure»

«J'ai enfin mis sur la table des débats qui m'apparaissaient indispensables et qui, rétrospectivement, se sont imposés comme incontournables. Le premier concerne Schengen, dont j'avais indiqué, en 2012, qu'il ne fonctionnait plus. À l'époque, l'opposition et même une partie de ma majorité m'ont accusé de dérive droitière et de nationalisme exacerbé. Trois ans plus tard, faute d'avoir traité ce sujet, l'Europe est confrontée à une remise en cause totale. (…)

Le deuxième débat concernait la nationalité française. Dès 2010, j'ai indiqué qu'elle n'était pas un dû et que les personnes bénéficiant d'une double nationalité devaient la perdre si elles étaient convaincues d'actes criminels, y compris terroristes. J'ai été, en retour, accusé de tous les maux par l'opposition. Cinq ans plus tard, le président de la République convoque un Congrès pour l'adopter. Le troisième débat concerne l'identité française et mon refus du communautarisme. (…) En faisant voter l'interdiction de la burqa et du niqab, en étant ferme sur le respect de l'absence du port du voile à l'école ou par les agents du service public, en plaidant pour un strict respect de la laïcité, en défendant une vision ferme de l'intégration, je me suis heurté à une multitude d'attaques m'accusant de courir après le FN. (…) Avoir raison avant l'heure n'est pas nécessairement avoir tort…»

• Réformes: «Nous n'avons jamais cédé à la rue…»

«En cinq années, nous n'avons jamais fait marche arrière, et ce quel que soit le secteur ministériel concerné. Nous n'avons jamais cédé à la rue. Nous n'avons jamais, malgré les épreuves et les obstacles, battu en retraite. Ce fut tout aussi pertinent pour le service minimum dans les transports en commun les jours de grève, que j'avais demandé à Xavier Bertrand de mettre en œuvre. (…) Ce fut encore le cas pour la réforme des régimes spéciaux de retraite des cheminots, des électriciens, des gaziers auxquels absolument personne n'avait osé s'attaquer, ou encore pour le passage à 62 ans de l'âge de la retraite dans le régime général. (…) Durant mon quinquennat, nous n'avons pas connu les affres du CIP, du CPE, de la loi Falloux, de la crise de l'école libre… Je ne rappelle pas ces vérités dans un souci égotique qui serait déplacé et même dérisoire, mais parce que les choses se sont passées ainsi et pas autrement.»

N'oublions pas.