Francis Fukuyama : "La fin de l'homme"

Il y a douze ans, le livre très remarqué du philosophe américain Francis Fukuyama annonçait La Fin de l'histoire tant l'avancée des sciences nous laissait perplexe quant à la possibilité d'un avenir maîtrisé sous quelque forme que ce soit. C'est la même inquiétude et la même interrogation qui est au centre de La Fin de l'homme, une réflexion sur les conséquences de la révolution bioéthique. Sans être un vulgarisateur pédagogique ou un philosophe qui "s'occuperait" de science, Fukuyama pose la question des rapports actuels entre la science et les techniques. À partir d'un point très clair donné sur les recherches actuelles dans les domaines des opérations transgéniques, du génie génétique, de l'énergie nucléaire, des potentialités informatiques, soit un état des lieux savant de notre monde contemporain, Fukuyama établit le postulat suivant : la science, en l'état actuel, ne peut plus s'autoréguler. Convaincu qu'il faut rapidement et internationalement légiférer en matière de science, Fukuyama appelle de ses vœux des décisions politiques sages qui enrayeraient un emballement économique libéral ne visant que le profit, ainsi que des déclarations morales de principe – telles que les comités d'éthique par exemple, qui sont trop inopérants. Pour Fukuyama, la science est devenue un domaine éminemment politique. Il en va de l'avenir de L'homme. Fukuyama a l'immense avantage d'être clair et convaincant, ce qui n'est pas l'apanage de tous les philosophes. Il écrit : "Les pays doivent réguler politiquement le développement et l'utilisation de la technique en mettant sur pied des institutions qui discrimineront les progrès techniques qui favorisent la prospérité de l'humanité et qui font peser des menaces sur la dignité et le bien-être de l'homme". Une lecture qui bouscule. --Denis Gombert --Ce texte fait référence à l'édition Broché.

Présentation

La biotechnique contemporaine menace-t-elle d'altérer la nature humaine et de nous propulser ainsi dans une "post-humanité" effrayante ? La nature humaine modèle et détermine les différents types possibles de régimes politiques. Toute technique assez puissante pour remodeler ce que nous sommes menace potentiellement la démocratie libérale et la nature de la politique elle-même. Nous devons refuser ces mondes futurs qui nous sont proposés sous le faux étendard de la liberté - qu'il soit celui des droits de reproduction illimités ou celui de la recherche scientifique sans entraves. La liberté véritable signifie la liberté, pour les communautés politiques, de protéger les valeurs qui les fondent contre la révolution biologique d'aujourd'hui.